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Les confidences du président de Limoges avant la réception de l'OL

Le tirage au sort de la Coupe de France a désigné Limoges comme 1er adversaire de l'OL.

Président du Limoges FC, Gérard Chevalier s'apprête à accueillir l'Olympique Lyonnais dimanche prochain, pour le compte des 32e de finale de la Coupe de France. De l'organisation d'une telle affiche au regard qu'il porte sur l'OL, en passant par la situation actuelle de son club, le président Limougeaud s'est livré pour MadeinFOOT.

Les couloirs du siège du Limoges FC sont en ébullition. Depuis une quinzaine de jours, le club haut-viennois se prépare à ce qui sera la plus grosse affiche de ses quinze dernières années d'existence : la réception de l'Olympique Lyonnais en 32e de finale de Coupe de France. Au milieu de toute cette agitation, l'attitude placide de Gérard Chevalier détonne. Derrière un bureau encombré par les piles de dossiers et un visage qui laisse transparaître une pointe de fatigue, le président du LFC affiche un calme déconcertant, comme si cette émulation ne l'avait pas encore secoué. Entre les sonneries répétées de son téléphone portable, il accepte de répondre à nos quelques questions et, enfin, l'excitation se fait sentir... "On voulait soit un petit, soit un gros... On est tombés sur le plus gros, c’est très très bien pour nous !", se réjouit Chevalier. "Sous ma présidence, c’est la plus grosse affiche, mais le club avait déjà rencontré le PSG en Coupe de France (défaite 3-4 au même stade de la compétition en 2000). En tout cas, c’est la plus grosse équipe qu’on reçoit depuis très longtemps !"

Une chose est sûre, les Limousins ne veulent pas faillir à leur tâche d'hôte de luxe et préparent dans les moindres détails la réception de l'écurie lyonnaise. "J’ai des contacts tous les jours avec l’OL. Il y a beaucoup de choses à régler du côté administratif", soupire le président Limougeaud. "On n’est pas habitués à recevoir un club comme Lyon. Rien que pour l’intendance... Quand ils vont arriver à Poitiers, ça va leur faire bizarre ! Ils ont prévu de faire leur collation dans le vestiaire avec des produits un peu spéciaux. Je pensais faire la collation avec eux après le match, mais il en était hors de question : ils repartent de suite. Ils arrivent le matin à Poitiers et repartent dans la foulée du match."

L'OL attire du monde à Poitiers

Pour trouver une terre d'accueil à cette rencontre de prestige, rien n'a été rendu facile à Limoges, où les enceintes de Beaublanc et de Saint-Lazare ne pouvaient pas être retenues. "Beaublanc, on peut y loger 3 000 personnes et encore en tassant en bas. Donc ce n’était pas logique. Saint-Lazare n’est pas homologué à ce niveau-là", explique-t-il. "Après, on s’est rabattus sur Brive et le maire m’a beaucoup aidé, mais il y a le rugby qui joue la veille. Ensuite, Châteauroux, c’était un problème d’intendance : leur personnel est en vacances. Et puis au dernier moment j’ai trouvé Poitiers. Il y a 12 000 places, dont 6 000 ou 7 000 en places assises, c’est déjà pas mal !" Mais même à 130km au nord de Limoges, le stade de la Pépinière - situé à Buxerolles, banlieue de Poitiers - affichera complet. "On a tout vendu !", clame Gérard Chevalier. "On a 11 000 places de vendues. Il en reste quelques-unes en pourtour mais on les vendra plus tard. Il nous reste aussi quelques places en VIP, avec le trajet et le repas compris."

De quoi envisager des retombées financières importantes pour un club dont le budget plafonne à 650 000 euros. "Si on fait une moyenne de 10€ par personne et que l'on multiplie par 12 000... C’est intéressant pour le club, des recettes comme ça, on ne les fait pas tous les jours. Est ce que l’OL va nous les laisser ? Tous les clubs ne le font pas... Auxerre ne nous a rien laissé (Limoges a sorti Auxerre au tour précédent, ndlr). J’espère qu’ils vont la laisser, mais on ne va pas leur demander non plus (rires). On n’en a pas forcément besoin, mais c’est forcément un plus", reconnaît le dirigeant. Un sacré plus, même, pour un Limoges FC certes sain financièrement, mais qui peine à accrocher le niveau qui devrait être celui du club d'une ville de près de 140 000 habitants - après une saison dernière passée en CFA, le LFC lutte pour le maintien en CFA 2. Gérard Chevalier, lui, pense justement qu'un événement de grande envergure peut faire changer les mentalités sur l'importance accordée au football dans la région.

"On ne pourra pas aller plus haut sans un apport"

"Tout le monde ne voit Limoges que pour le CSP (club de basket historiquement reconnu au niveau national, ndlr). Est ce que c’est ce qui bloque le foot à Limoges ? Je ne sais pas... Quand on est bloqués, on cherche toujours une excuse. Un coup c’est le CSP, un coup c’est autre chose. Mais tant qu’on n’a pas des élus qui se rendent compte que c’est utile d’avoir du foot à un plus haut-niveau à Limoges... Si aujourd’hui ils ne s’en rendent pas compte, ils vont continuer à mettre sur le CSP", regrette Chevalier. "Mardi, quand on a ouvert (la billetterie), il y avait plus de 200 mètres de queue, ça montre bien que les gens sont là pour le football ! Pas forcément pour voir Limoges, peut-être plus pour Lyon, mais quand même. Dès qu’il y a une affiche, ça attire du monde, on l’a vu pour Auxerre, comme contre Boulogne et Drancy il y a quelques années (le LFC avait rencontré les deux clubs lors de son parcours en 2012, stoppé au stade des 1/16e de finale, ndlr)", se souvient-il. "Pour l’instant, le club a été reconstruit, on n’a pas de problème financier. Mais si on reste avec le budget actuel, on n’ira pas plus haut : CFA ou CFA 2 c’est tout. Sportivement, nos équipes sont parmi les meilleures de la Ligue, à tous les niveaux. Pour aller au-dessus, il faudrait qu’il y ait un financier qui arrive avec 2 ou 3 millions à mettre sur la table pour aller en National (...) Mais qu’est ce qui peut attirer un financier à Limoges ? Je ne sais pas... Il faut de l’argent et beaucoup d’argent. Et à mon avis, ça ne passera que par l’arrivée d’un investisseur. Ici, je crois qu’on ne pourra pas aller plus haut sans un apport. Moi, je laisse ma place à qui veut. Je suis content d’avoir amené le club là ou il est et très heureux de ce que j’ai fait ici, mais si un jour quelqu’un arrive avec de l’argent, je m’en vais, je lui laisse les clés. Il n’y a pas de problème."

"Aulas est un exemple"

Très ouvert sur les questions qui touchent à son club, Gérard Chevalier fait preuve d'autant de franchise pour parler de son homologue Lyonnais, Jean-Michel Aulas. "Je l’ai rencontré pour la première fois à Paris, pour autre chose. Il vaut le coup d’être connu ! Il est totalement différent de l’image qu’on lui donne dans les médias. C’est une personne qui fait énormément pour le football. Tous les présidents ne sont pas capables de faire construire un stade pour leur équipe... C’est un exemple", confie-t-il. "Je n’avais pas le même point de vue sur lui il y a encore quelques mois. J’ai vu quelqu’un de très gentil, sympathique, agréable… Il rigolait même de ses résultats actuels, même si je pense qu’au fond de lui-même ça ne doit pas trop le faire rire. Il ne suffit pas d’avoir de l’argent pour réussir dans le football, on le voit en ce moment avec leurs résultats. Ce n'est pas beau à voir..." Pourtant, le patron du LFC ne nourrit pas beaucoup d'espoirs de voir le tour suivant... "Aulas m’a dit que c’était le meilleur moment pour les prendre. Personnellement, je pense que ce ne sera pas possible. J’aimerais vraiment, pour la région, pour le club, mais il faut être réaliste..."

Catégorie :  OL, Coupe de France


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